Marchands de Kaboul

NORMALISATION *
Edito juillet 03

Pour les membres de l'association revenus à Kaboul un an après, les changements dans la ville sont notables.

Au niveau du symbole, il est important de rapporter que le tchadri recule à Kaboul. L'an dernier, nous avions estimé à entre 10% et 15 % le taux de femmes sans tchadri. Aujourd'hui, on est autour de 50 %. Les femmes et en particulier les jeunes sont beaucoup plus ouvertes et souriantes dans les rues. Cette situation est propre à Kaboul mais le tchadri reste encore la règle à la campagne.

Le deuxième point important concerne la reprise des échanges, avec des commerces plus fournis, une circulation, y
compris aérienne, plus dense... et des cybercafés ouverts en ville à 2 euros l'heure.

Par rapport à notre action dans le domaine scolaire, nous avons éte frappés par l'engouement des afghans pour l'éducation. Il y a deux ans certains d'entre nous avaient pu visiter le lycée de filles de Jabul-Saraj, près de l'entrée de la vallée du Panshir. A cette époque, il comptait environ 250 élèves et une dizaine d'enseignants dans des classes en partie détruites par les bombardements. L'an dernier, les classes avaient été reconstruites avec l'aide des américains présents à Bagram (aéroport à 50 km au nord de Kaboul) : peu d'élèves et d'enseignants supplémentaires, des classe adaptées. Cette année, il y a 1100 élèves, moitié le matin, moitié l'après midi et une quarantaine d'enseignants, toujours essentiellement des femmes. Il faut d'ailleurs admirer la constance de ces enseignants, payés 35 euros par mois avec un retard de 3 à 6 mois.

Il est impératif que la communauté internationale, et notre pays en particulier, soit attentif à soutenir cet élan.
A cet égard, nous avons apprécié le pré-rapport de Madame Storti, inspectrice générale de l'Education Nationale qui a également noté comme nous, le sentiment de sécurité dans les déplacements.

Ce sentiment partagé nous a fait vivre comme une insulte au bon sens et / ou à l'honnêteté les propos entendus de Mr Alix, auteur d'un ouvrage sur la drogue, qui parlait sur RFI « d'anarchie totale » en Afghanistan. On y repère les habituelles litanies de ceux qui ont soutenu les autorités pakistanaises, puis les talibans «modérés» contre la résistance de Massoud et des siens et qui ne peuvent se faire une raison de leur tragique erreur d'analyse.
La vérité nécessite de dire que ce point de vue a été largement entretenu par les ONG et que ce courant reste présent dans les représentations officielles. L'expérience permet de l'évaluer à la brièveté du salut quand nous les croisons.

Ces petitesses n'empêchent pas l'Afghanistan d'avancer en terrain miné (certes, à tout point de vue) sans les catastrophes que nous annonçaient ces Cassandres dont il faudrait explorer un jour les arrière-pensées dont nous pensons qu'elles n'ont même pas la grandeur de reposer sur une analyse politique erronée.

Paul Le Meut, secrétaire général

* ce texte est adapté de l’éditorial d’A-B infos qui a été adressé de Kaboul à nos adhérents, preuve entre autre de la normalisation.