Afghanistan : ne pas se tromper de cible.

L’attentat de Jalalabad qui a coûté la vie à trois femmes travaillant dans le cadre de l’élaboration des listes électorales est très significatif de l’action des Talibans et d’Al-Quaida en Afghanistan. Il s’attaquait à la fois au processus électoral et au processus d’émancipation des femmes afghanes.

La mise en oeuvre des élections prévues en septembre est difficile dans un pays qui a connu plus de 20 ans de guerre, où l’administration civile a été totalement désorganisée par les talibans, où les réfugiés rentrent par millions.
Les talibans ont comme priorité de faire échouer des élections et il faudrait bien que les troupes internationales aident efficacement à leur organisation dans le Sud et l’Est du pays plutôt que de fixer les priorités sur le Nord et l’Est où les choses se passent relativement bien.
Les inscriptions avancent toutefois y compris chez les femmes. Nos adhérents qui se sont rendus sur place en Mai nous ont rapporté la fierté des femmes afghanes d’avoir une carte d’électrice, même celles qui soulevaient le tchadri pour la montrer.

La deuxième cible des talibans, ce sont justement ces femmes, à travers des menaces de mise à mort portant sur elles mêmes ou sur leur mari si elles s’inscrivent. Et l’attentat de Jalalabad rentre parfaitement dans cet objectif.
Il faut d’abord admirer le courage de ces femmes engagées dans le processus d’inscription. Elles se rendaient dans les bureaux de vote pour que leurs sœurs, leurs mères, leurs amies puissent avoir droit au chapitre. Elles ne pouvaient pas ne pas connaître les risques.

Il nous faut soutenir ces deux processus, démocratie et émancipation des femmes, en reconnaissant le rôle joué dans ce présent un peu plus souriant par deux forces :
• La résistance afghane qui a résisté aux Talibans, après avoir chassé les soviétiques et qui donne aujourd’hui toute sa légitimité au gouvernement actuel de l’Afghanistan. Dénigrer aujourd’hui ces combattants en oubliant leur rôle central dans la défaite de l’obscurantisme est un déni de justice.
• Les forces de la coalition qui sont, en Afghanistan, des forces de Libération et non d’occupation. Comparer la situation afghane et la situation irakienne est le signe d’une incompréhension de ce que peut avoir de différent le sort de ces deux pays.

Certes, nous observons avec inquiétude la propension des USA à vouloir gérer l’Afghanistan tout en nous souvenant qu’ils avaient cette même propension en France à la Libération. Il faut donc souhaiter que l’Afghanistan trouve son De Gaulle, sachant que celui qui avait cette stature a été assassiné un 9 septembre 2001.